Relocaliser, réindustrialiser dans les territoires, les raisons d’y croire

Relocaliser, réindustrialiser dans les territoires, les raisons d’y croire

Réindustrialisation : pourquoi relocaliser la production en France ?

Comment réindustrialiser la France sans renoncer à la compétitivité ? Sécurisation des approvisionnements, innovation, transition écologique, emplois et ancrage territorial : relocaliser une partie de la production répond à des enjeux qui dépassent largement le Made in France. La Cité de l’Économie et des Métiers de Demain explore les conditions d’une industrie plus résiliente et plus proche des territoires.

Pendant plusieurs décennies, produire loin permettait de réduire les coûts et de profiter pleinement de la mondialisation des échanges.

Mais l’allongement et la fragmentation des chaînes de valeur ont également créé de nouvelles dépendances.

Crises sanitaires, tensions géopolitiques, difficultés d’approvisionnement ou transition écologique ont progressivement replacé une question au centre du débat économique : faut-il rapprocher une partie de la production de ses marchés et de ses territoires ?

C’était déjà l’enjeu de la rencontre « Relocaliser et réindustrialiser en Occitanie », organisée par la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain, qui réunissait experts, entreprises et acteurs du territoire autour des conditions d’une nouvelle dynamique industrielle.

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Relocalisation industrielle : réduire les dépendances

La mondialisation a profondément transformé les stratégies industrielles.

En fragmentant la production entre différents pays, les entreprises ont pu bénéficier de coûts plus faibles et accéder à de nouveaux marchés.

Mais cette organisation comporte une contrepartie : la dépendance à des chaînes d’approvisionnement longues et complexes.

« En fragmentant la chaîne de valeur, nous nous sommes rendus dépendants de chaînes qu’on ne maîtrise plus », résumait Olivier Lluansi, ancien délégué en charge du programme Territoires d’industrie.

La crise sanitaire a particulièrement mis en lumière ces fragilités, notamment lorsque certaines industries se sont retrouvées confrontées à des ruptures d’approvisionnement en composants ou matières premières.

« On est aujourd’hui face à des acheteurs qui se sont fait peur pendant la crise, et qui aimeraient retrouver de la sérénité. »

Olivier Lluansi

Relocaliser ne signifie pourtant pas faire revenir du jour au lendemain l’ensemble des productions sur le territoire français.

L’enjeu est davantage de déterminer quelles productions, quelles compétences et quelles étapes des chaînes de valeur présentent un caractère suffisamment stratégique pour justifier leur rapprochement.

Réindustrialiser ne signifie pas sortir de la mondialisation

La réindustrialisation ne signe pas nécessairement la fin des échanges internationaux.

L’industrie française reste intégrée à des chaînes de valeur européennes et mondiales. La question consiste plutôt à trouver un nouvel équilibre entre ouverture internationale et maîtrise de certaines capacités de production.

Pour Olivier Lluansi, la mondialisation peut d’ailleurs être utilisée de deux manières : produire moins cher à l’autre bout du monde ou s’appuyer sur l’ouverture des marchés pour développer de nouveaux débouchés.

La relocalisation industrielle ne consiste donc pas simplement à produire français.

Elle pose une question plus stratégique : quelles parties de la chaîne de valeur une entreprise doit-elle maîtriser pour rester compétitive, innovante et résiliente ?

L’industrie, un enjeu pour les territoires

La désindustrialisation n’a pas seulement transformé l’économie française.

Elle a également profondément marqué certains territoires, notamment les villes moyennes qui avaient historiquement accueilli une part importante des activités industrielles.

La réindustrialisation devient ainsi un enjeu de développement et de cohésion territoriale.

Implanter ou maintenir une activité industrielle signifie créer des emplois, conserver des compétences, développer des sous-traitants et faire vivre un écosystème économique local.

Cette dimension territoriale est d’autant plus importante que l’industrie peut offrir des opportunités de développement économique en dehors des grandes métropoles.

Réindustrialiser pose donc aussi la question de la répartition géographique de l’activité économique : où voulons-nous produire demain ?

Réindustrialisation et transition écologique : incompatibles ?

Relocaliser une production ne suffit évidemment pas à la rendre durable.

Mais la transformation écologique peut devenir l’un des moteurs d’une nouvelle industrie.

« L’industrie a besoin de se verdir, elle peut jouer sa partie pour l’environnement, il n’y a plus d’opposition systématique entre industrie et environnement. »

Olivier Lluansi

Décarbonation des procédés, efficacité énergétique, nouveaux matériaux, économie circulaire, réduction des transports ou développement de nouvelles filières énergétiques : la réindustrialisation peut aussi devenir un terrain d’innovation environnementale.

La proximité entre production et marché peut par ailleurs faciliter certaines transformations : mieux connaître les attentes des utilisateurs, raccourcir les délais ou développer de nouveaux services autour des produits.

La question n’est donc plus seulement de faire revenir des usines.

Elle est de savoir quelle industrie nous souhaitons développer pour demain.

Innovation et production : faut-il les rapprocher ?

Un autre argument en faveur de la relocalisation concerne l’innovation.

Peut-on durablement conserver la conception et la recherche tout en éloignant la fabrication ?

Plusieurs entreprises invitées à la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain posaient déjà cette question.

Sébastien Roelens, fondateur d’Amixys, résumait ainsi la situation de son entreprise :

« Nous sommes face à un constat : on a la maîtrise de l’innovation, mais nous n’avons pas le contrôle de la chaîne de valeur. »

La dépendance à des fournisseurs éloignés peut entraîner des risques d’approvisionnement, mais aussi limiter la maîtrise du produit, des procédés ou de certaines innovations.

Dominique Seau, alors président du groupe Eminence, défendait pour cette raison le maintien d’un outil de production dans le Gard.

Pour l’entreprise, rapprocher conception, innovation et fabrication permettait notamment de mieux protéger et faire évoluer ses savoir-faire.

Le coût réel d’une production ne se limite pas au prix de fabrication

Produire localement coûte souvent plus cher en apparence.

Mais comparer uniquement les coûts de main-d’œuvre peut donner une vision incomplète du coût réel d’un produit.

Transport, stockage, délais d’approvisionnement, dépendance à un fournisseur, risque géopolitique ou rupture logistique peuvent également peser sur l’entreprise.

C’est donc le coût global de la chaîne de valeur qu’il faut prendre en compte.

La relocalisation peut alors devenir moins une question de patriotisme économique qu’une stratégie de maîtrise des risques.

Elle peut aussi permettre de gagner en réactivité en rapprochant production et marché.

Relocaliser là où la France peut créer de la valeur

La réindustrialisation ne signifie pas nécessairement fabriquer à nouveau l’intégralité d’un produit en France.

L’exemple d’Éthiquable illustre cette logique.

La coopérative commercialise des produits biologiques et issus du commerce équitable dont les matières premières proviennent nécessairement de différentes régions du monde.

Mais elle a choisi d’intégrer une étape supplémentaire de sa chaîne de valeur en construisant une chocolaterie à Fleurance, dans le Gers.

Il ne s’agit donc pas de supprimer les échanges internationaux, mais de déterminer quelles étapes de transformation peuvent être réalisées localement et créer davantage de valeur sur le territoire.

Cette logique peut également concerner les productions technologiques.

« Nous maîtrisons la technologie, mais nous avons perdu en Europe le sens de la production de masse. »

Sébastien Roelens

La question devient alors : faut-il chercher à tout relocaliser ou concentrer les efforts sur les productions, technologies et compétences dans lesquelles le territoire dispose d’un avantage ou d’un intérêt stratégique ?

Recherche, compétences et industrie : un même écosystème

L’exemple du site industriel de Béziers évoqué lors de la rencontre montre également le rôle joué par la recherche et la haute technologie.

Son développement s’est notamment appuyé sur des activités à plus forte valeur ajoutée et sur des coopérations avec le monde de la recherche.

Cette logique met en évidence un autre enjeu de la réindustrialisation : les usines ne fonctionnent pas seules.

Elles ont besoin de compétences, d’ingénieurs, de techniciens, de chercheurs, de fournisseurs, d’infrastructures et de formations.

Réindustrialiser suppose donc de reconstruire ou de consolider des écosystèmes industriels complets.

L’enjeu des métiers et des compétences devient alors aussi important que celui des investissements matériels.

Made in France : le consommateur est-il prêt à payer davantage ?

Reste une équation difficile : celle du prix.

Les consommateurs peuvent exprimer une préférence pour des produits fabriqués en France tout en restant très sensibles à leur coût.

« La question des consommateurs et de ce qu’ils achètent est à la fois un problème et une solution », soulignait Cédrine Joly, de Montpellier Business School.

Le prix n’est cependant pas le seul critère de décision.

Origine, qualité, confiance, impact environnemental, conditions de fabrication ou proximité avec le producteur peuvent également participer à la valeur perçue d’un produit.

Les circuits courts en sont une illustration : ils ne vendent pas uniquement un produit mais aussi une proximité et une relation avec celui qui le produit.

La réindustrialisation pose ainsi une question autant culturelle qu’économique : quelle valeur accordons-nous collectivement au fait de produire sur nos territoires ?

Expérimenter l’industrie de demain en Occitanie

Réindustrialiser ne consiste donc pas à reproduire les modèles industriels du passé.

Digitalisation, décarbonation, automatisation, nouveaux modèles économiques, évolution des compétences et rapprochement entre production et services transforment profondément l’industrie.

Pour les entreprises, la question est de savoir quelles activités doivent être maîtrisées, lesquelles peuvent être relocalisées et quelles compétences doivent être développées pour renforcer leur résilience.

Pour les territoires, il s’agit de créer les conditions permettant à ces nouvelles activités industrielles de s’implanter et de se développer.

Autant de questions qui rejoignent la mission de la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain : anticiper les transformations, réunir les acteurs et expérimenter des réponses concrètes pour préparer l’économie et les métiers de demain.

Car la réindustrialisation ne consiste pas seulement à faire revenir la production.

Elle invite surtout à décider ce que nous voulons produire, comment, avec quelles compétences et sur quels territoires.