L’Occitanie, cinema paradiso ?

L’Occitanie, cinema paradiso ?

Cinéma en Occitanie : talents, IA et nouveaux récits

Cinéma, séries, jeux vidéo, animation : l’Occitanie rassemble des talents et des acteurs de la création qui participent à l’évolution des industries culturelles. Mais à l’heure de l’intelligence artificielle, comment les métiers créatifs vont-ils se transformer ? Entre nouveaux outils, hybridation des compétences et transmission, la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain explore les futurs possibles de la création.

Dans une salle d’écriture, les idées fusent. Certaines sont conservées. D’autres abandonnées. Toutes participent pourtant au processus de création.

C’est ainsi qu’est née Panda, série imaginée par Thomas Mansuy et Mathieu Leblanc.

À l’origine, l’histoire devait se dérouler dans les calanques marseillaises. Mais l’attachement de Julien Doré, interprète du rôle principal, à la Camargue a contribué à déplacer l’action.

Une anecdote qui illustre aussi la place prise par l’Occitanie dans le cinéma et l’audiovisuel.

Avec le soutien notamment du plan régional « Occitanie, ça tourne ! », le territoire accueille productions, formations et talents. Mais cette dynamique intervient alors que la filière connaît de profondes transformations.

Parmi elles : l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs.

Quelle place conservera l’humain dans la création ? Quels métiers vont évoluer ? Et quelles compétences faudra-t-il développer pour imaginer les récits de demain ?

Ces questions étaient au cœur de la masterclass « Faire émerger de nouveaux récits », organisée par la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD), portée par la Région Occitanie.

Intelligence artificielle et cinéma : quelle place pour la créativité humaine ?

Pour introduire la réflexion, l’auteur Thomas Cadène a imaginé Cine qua non, une nouvelle futuriste lue par les comédiennes Hélène Pequin et Delphine Broussous.

Le récit met en scène Leila, une femme qui a toujours voulu travailler dans le cinéma, dans un futur où l’intelligence artificielle interroge directement la place de la création humaine.

Une question traverse alors le récit : si un algorithme peut produire ce que nous sommes supposés vouloir regarder, que devient la singularité de l’auteur ?

Pour les professionnels présents, l’IA ne signifie pas nécessairement la disparition des métiers créatifs.

Les scénaristes Sarah Beaulieu et Fabien Adda, ainsi que Luc Pourrinet, spécialiste de la formation aux métiers créatifs, envisagent plutôt l’intelligence artificielle comme un nouvel outil.

Cette vision rejoint les réflexions développées dans une étude du CNC consacrée aux usages de l’IA dans les filières du cinéma, de l’audiovisuel et du jeu vidéo.

« Je ne suis pas vraiment inquiet à propos de l’IA. Je pense que ça va être chouette, ça va être un outil qui va nous accompagner mais qui ne va pas nous remplacer. »

Fabien Adda, scénariste et directeur de collection

Ce que l’IA change dans les métiers créatifs

L’intelligence artificielle pose néanmoins une question essentielle : où se situera demain la valeur du travail créatif ?

Écrire ne consiste pas uniquement à assembler des mots. Créer un personnage ou un récit mobilise des expériences, des références, une sensibilité, une connaissance du monde et un regard singulier.

C’est précisément cette expérience humaine que les professionnels présents mettent en avant.

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si une IA peut produire une image, une séquence ou un texte.

Il est de comprendre comment les créateurs peuvent s’approprier ces nouveaux outils sans perdre ce qui fait la singularité de leur métier.

L’intelligence artificielle pourrait ainsi modifier certaines tâches et accélérer certaines étapes de production. Mais elle conduit aussi les professionnels à réinterroger leurs propres compétences et la valeur spécifique de leur contribution.

L’hybridation des compétences au cœur des métiers de demain

Dans cette transformation, une qualité apparaît particulièrement importante : la capacité à naviguer entre plusieurs univers professionnels.

Sarah Beaulieu en est un exemple.

Issue du cinéma, elle a progressivement étendu son activité à d’autres formes d’écriture pour devenir également narrative designer dans le jeu vidéo, notamment sur Assassin’s Creed Mirage.

« Je viens du cinéma et, comme j’aime raconter des histoires au sens large, j’ai eu envie de me diversifier dans l’art de l’écriture et de faire plein de choses. C’est comme ça que je suis arrivée dans le jeu vidéo. »

Sarah Beaulieu

Cinéma, série, animation, jeu vidéo : les frontières entre les secteurs deviennent plus poreuses.

Les compétences circulent.

Les métiers aussi.

Pour les professionnels de la création, cette hybridation peut devenir une manière d’élargir les possibilités professionnelles tout en enrichissant les manières de raconter.

Former autrement aux métiers du cinéma et de la création

Cette hybridation interroge également les modèles de formation.

Luc Pourrinet, passé lui-même par différents univers professionnels avant de travailler dans la formation aux métiers créatifs, défend une plus grande diversité des cursus et des profils.

« Si on arrive à hybrider les parcours, les recrutements et les rythmes d’apprentissage, on devrait arriver à sortir des choses vraiment intéressantes. »

L’enjeu est important pour les métiers du cinéma et de l’audiovisuel.

Face à l’évolution rapide des outils, apprendre un métier ne peut plus nécessairement consister à maîtriser une seule technique pendant toute sa carrière.

La capacité à apprendre, à collaborer avec d’autres disciplines et à évoluer entre différents univers créatifs devient elle-même une compétence.

Transmission des compétences : apprendre au contact des professionnels

L’expérience d’Alexia Garcia illustre une autre manière d’apprendre.

Scénariste-apprenante, elle a bénéficié d’un compagnonnage avec Fabien Adda dans le cadre d’un dispositif de la Cité européenne des scénaristes en Occitanie.

Son itinéraire ne correspond pas à une formation classique. Il repose notamment sur le désir d’écrire, la pratique et la confrontation avec l’expérience d’un professionnel.

Mais l’apprentissage ne fonctionne pas uniquement dans un sens.

Fabien Adda souligne ce que cette collaboration lui a également apporté :

« Elle m’a apporté une autre vision sur le monde qui nous entoure, ce qui a enrichi et permis de compléter la mienne. […] Elle a une approche de la création des personnages à laquelle je n’avais jamais pensé en quatorze ans de métier. »

Cette expérience questionne la transmission traditionnelle des compétences.

Le professionnel expérimenté transmet son savoir-faire. Mais la personne qu’il accompagne apporte aussi ses références, son regard et ses propres expériences.

La transmission devient alors réciproque.

Cinéma en Occitanie : un écosystème de talents

Cette évolution des compétences s’inscrit dans un écosystème régional plus large.

Écoles, professionnels, scénaristes, studios et dispositifs d’accompagnement participent au développement du cinéma et de l’audiovisuel en Occitanie.

La présence d’acteurs de la formation et de la création à Montpellier, comme ArtFX ou Motionrama, ainsi que le développement de la Cité européenne des scénaristes, contribuent à renforcer cet environnement.

Pour Sarah Beaulieu, cette dynamique fait déjà de l’Occitanie un territoire singulier :

« L’Occitanie, un bouillonnement qu’on ne retrouve pas ailleurs. »

Sarah Beaulieu, Narrative Director

L’enjeu est désormais de favoriser les connexions entre ces différents acteurs.

Formation, écriture, production, animation, jeu vidéo, technologies : plus ces univers dialoguent, plus l’écosystème peut faire émerger de nouveaux projets et de nouveaux talents.

Du cinéma au jeu vidéo : des frontières de plus en plus poreuses

Cette dynamique ne concerne d’ailleurs plus seulement le cinéma.

Les histoires circulent désormais entre séries, films, animation, jeux vidéo et autres formats numériques.

Les professionnels peuvent eux aussi passer d’un secteur à l’autre.

Cette porosité transforme progressivement la notion même de filière.

Plutôt que des industries créatives fonctionnant séparément, on voit émerger des écosystèmes dans lesquels les compétences, les technologies et les imaginaires circulent.

Pour un territoire, l’enjeu devient donc moins d’attirer un seul type d’activité que de créer les conditions permettant à ces différents mondes de se rencontrer.

Quels métiers créatifs face à l’intelligence artificielle ?

L’arrivée de l’IA rend cette question encore plus importante.

À mesure que certaines tâches deviennent automatisables, les compétences strictement techniques peuvent évoluer rapidement.

En revanche, d’autres dimensions prennent de la valeur : imaginer, interpréter, collaborer, développer un regard singulier, comprendre différents univers culturels ou relier des disciplines entre elles.

L’avenir des métiers créatifs pourrait donc être moins une opposition entre humains et machines qu’une transformation de la répartition des rôles.

Qu’allons-nous déléguer ?

Que voulons-nous continuer à maîtriser ?

Et quelles compétences souhaitons-nous développer pour utiliser ces technologies sans leur abandonner le processus créatif ?

Imaginer les récits de demain

C’est précisément là que le sujet rejoint les réflexions portées par la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain.

Le cinéma constitue un formidable laboratoire du futur du travail.

Il concentre plusieurs transformations : évolution rapide des technologies, apparition de nouveaux métiers, hybridation des compétences, nouvelles formes de formation et nécessité de préserver une singularité humaine face à l’automatisation.

Mais il pose aussi une question plus profonde.

Qui imaginera les récits avec lesquels nous nous représenterons demain ?

L’intelligence artificielle pourra participer à leur fabrication.

Les outils évolueront.

Les métiers aussi.

Mais l’expérience, la sensibilité, la transmission et la diversité des regards resteront au cœur de notre capacité à raconter des histoires qui parlent aux humains.

Pour aller plus loin sur la filière du cinéma en Occitanie :

Télécharger le cahier 2050 : L’ODYSSÉE DU CINÉMA