23 Oct Les entreprises d’Occitanie s’engagent dans des projets à impact pour le territoire
Engagement des salariés : et si l’entreprise donnait du temps pour agir ?
Et si le travail hybride ne consistait pas seulement à partager sa semaine entre domicile et entreprise ? Certaines organisations expérimentent une autre voie : permettre aux salariés de consacrer une partie de leur temps de travail à des projets utiles à leur territoire, à la société ou à l’environnement. Une nouvelle manière d’interroger l’engagement des salariés, le rôle de l’entreprise et, plus largement, le futur du travail.
Télétravail ou présentiel ? Cette opposition résume encore souvent notre vision du travail hybride.
Pourtant, l’hybridation peut aller beaucoup plus loin.
Et si nous hybridions aussi les usages du temps de travail ?
Une partie du temps pourrait rester consacrée aux missions de l’entreprise. Une autre pourrait permettre aux collaborateurs de participer à un projet associatif, environnemental ou territorial.
Autrement dit : et si l’entreprise donnait du temps pour agir ?
C’est l’une des pistes explorées par la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD) avec des entreprises d’Occitanie.
Quête de sens au travail : l’engagement change de dimension
La recherche de sens au travail a progressivement pris une place importante dans les attentes exprimées par les salariés.
Mais cette quête ne concerne pas uniquement le contenu du poste.
Elle interroge aussi la possibilité de concilier activité professionnelle, aspirations personnelles et engagement dans la société.
Pour l’entreprise, la question devient alors très concrète : comment permettre à un collaborateur de s’investir dans un projet qui lui tient à cœur sans opposer cet engagement à son activité professionnelle ?
Cette évolution peut aussi devenir un enjeu de marque employeur.
Une entreprise qui offre à ses collaborateurs la possibilité de participer à des projets d’intérêt général ne propose pas seulement un emploi. Elle affirme également une certaine conception de sa place dans la société et sur son territoire.
L’entreprise hybride va bien au-delà du télétravail
Cette conception élargie de l’hybridation est notamment portée par la philosophe Gabrielle Halpern, autrice de Tous centaures ! Éloge de l’hybridation.
« L’entreprise hybride est une entreprise en hybridation continue, qui fait sans cesse des ponts entre différents mondes, métiers, activités, secteurs. »
Gabrielle Halpern
Dans cette approche, hybrider ne signifie donc pas simplement travailler alternativement au bureau et chez soi.
Il s’agit de faire dialoguer des univers qui fonctionnent habituellement séparément.
Entreprise et association. Activité économique et intérêt général. Travail et engagement citoyen. Compétences professionnelles et besoins d’un territoire.
Pour Gabrielle Halpern, cette logique peut irriguer l’ensemble de l’organisation : recrutement, formation, management, culture d’entreprise ou stratégie.
Reste une question essentielle : comment passer de l’intention à la pratique ?
Donner du temps aux salariés pour agir : mais comment ?
Sur le papier, l’idée est séduisante.
Dans la réalité, elle soulève immédiatement plusieurs questions.
Comment dégager du temps sans désorganiser l’activité ? Quels projets soutenir ? Qui les choisit ? L’entreprise doit-elle sélectionner les associations ? Les salariés peuvent-ils proposer leurs propres engagements ? Faut-il consacrer quelques heures, une journée ou plusieurs jours par an à ces projets ?
Et surtout : comment mesurer l’utilité réelle de ce temps consacré à l’extérieur de l’entreprise ?
Ces questions montrent que l’engagement des salariés ne peut pas reposer uniquement sur de bonnes intentions.
Il faut construire un modèle compatible avec la réalité économique et organisationnelle de chaque entreprise.
C’est précisément là que l’expérimentation prend tout son sens.
Expérimenter de nouvelles formes d’engagement au travail
La Cité de l’Économie et des Métiers de Demain a exploré cette question avec des entreprises et des associations d’Occitanie.
Le principe : ne pas chercher immédiatement un modèle unique, mais faire travailler ensemble les acteurs concernés pour imaginer différentes manières d’ouvrir le temps de travail à des projets à impact.
Les ateliers ont permis de confronter les envies aux contraintes.
Quel rôle pour l’entreprise ? Quelle autonomie pour les salariés ? Quels partenaires associer ? Comment choisir les projets ? Comment inscrire l’engagement dans la durée ?
Cette démarche permet de passer progressivement de la réflexion à des modèles suffisamment concrets pour être testés dans les organisations.
L’objectif n’est donc pas de définir la bonne formule.
Il est d’expérimenter plusieurs possibilités pour comprendre ce qui fonctionne réellement sur le terrain.
NaïtUp expérimente quatre heures par mois pour le territoire
C’est précisément ce qu’a choisi de tester NaïtUp, entreprise installée dans le Volvestre, en Haute-Garonne, et spécialisée dans la fabrication de tentes de toit pour voitures.
Après avoir participé aux ateliers de la CEMD, son fondateur et co-gérant Patrice Brochier a proposé à ses collaborateurs de s’emparer du sujet.
L’idée part d’un constat simple : une entreprise n’est pas isolée de son environnement.
« Les individus qui travaillent dans l’entreprise font aussi partie de cette communauté locale. L’idée est donc qu’ils puissent eux-mêmes être encouragés à avoir un impact positif sur cette communauté. »
Patrice Brochier
NaïtUp a donc imaginé une expérimentation concrète : consacrer une demi-journée de quatre heures par mois à un projet extérieur à l’entreprise.
Les projets peuvent être proposés par l’entreprise ou directement par les collaborateurs.
Un système de sélection permet ensuite d’identifier les projets ou associations avec lesquels l’entreprise souhaite s’engager dans la durée.
Le temps de travail devient ainsi également un temps d’engagement territorial.
Quand les compétences des salariés sortent de l’entreprise
Cette expérimentation ouvre une autre piste intéressante.
Un collaborateur n’apporte pas uniquement du temps à un projet associatif. Il peut aussi mobiliser ses compétences professionnelles.
Communication, numérique, gestion de projet, comptabilité, logistique, production, ressources humaines ou expertise technique : les savoir-faire développés dans l’entreprise peuvent avoir une utilité directe pour des structures du territoire.
L’hybridation ne concerne alors plus uniquement le temps.
Elle concerne aussi la circulation des compétences entre l’entreprise et son écosystème.
Et cette circulation peut fonctionner dans les deux sens.
Participer à un projet différent peut confronter les collaborateurs à de nouveaux publics, de nouvelles contraintes et de nouvelles manières de travailler. L’engagement extérieur peut ainsi devenir une expérience d’apprentissage qui nourrit ensuite l’entreprise.
Engagement des salariés et marque employeur
Permettre aux salariés de s’engager sur leur temps de travail peut également transformer la relation entre l’entreprise et ses collaborateurs.
L’engagement ne repose plus uniquement sur un discours ou sur des valeurs affichées. Il devient concret.
L’entreprise accepte de consacrer l’une de ses ressources les plus précieuses — du temps de travail — à un objectif qui ne produit pas nécessairement un retour économique immédiat.
Ce choix peut contribuer à renforcer le sentiment d’utilité, l’attachement au territoire et la cohérence entre les valeurs affichées par l’organisation et ses pratiques.
Il peut aussi devenir un élément différenciant de la marque employeur.
Mais à une condition : que la démarche corresponde à une véritable politique d’engagement et ne se réduise pas à une opération ponctuelle de communication.
Une nouvelle relation entre l’entreprise et son territoire
Derrière la question du temps de travail apparaît finalement une réflexion plus large sur le rôle de l’entreprise.
Une organisation est implantée quelque part. Ses collaborateurs vivent sur un territoire. Elle utilise des infrastructures, travaille avec des fournisseurs, recrute localement et entretient des relations avec de nombreux acteurs.
Pourquoi son impact s’arrêterait-il aux portes de ses locaux ?
En permettant à ses collaborateurs de consacrer une partie de leur temps à des projets locaux, l’entreprise peut renforcer son ancrage territorial.
Associations, collectivités, entreprises et habitants peuvent alors devenir les acteurs d’un même écosystème.
Le travail hybride prend ainsi un autre sens : il ne s’agit plus uniquement de choisir où travailler, mais aussi de réfléchir à ce à quoi une partie de notre temps de travail peut contribuer.
Expérimenter pour inventer d’autres temps de travail
Pour les TPE et PME, cette évolution reste cependant un défi.
Libérer plusieurs heures de travail représente un coût. Il faut maintenir l’activité, organiser les équipes et s’assurer que l’engagement trouve réellement son utilité.
C’est précisément pour cette raison que l’expérimentation est essentielle.
Plutôt que d’appliquer un modèle théorique à toutes les organisations, il s’agit de tester, mesurer, ajuster puis partager ce qui fonctionne.
C’est l’une des approches portées par la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain pour explorer le futur du travail : confronter les nouvelles idées à la réalité des entreprises et des territoires.
L’expérience de NaïtUp ouvre ainsi une piste.
Et si, demain, la question n’était plus seulement de savoir combien de jours nous travaillons au bureau ou à distance ?
Mais aussi quelle part de notre temps, de nos compétences et de notre énergie nous souhaitons mettre au service du territoire dans lequel nous travaillons et vivons ?
Télécharger le cahier d’expérimentation